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Le 19 août 2012 (SHRFI), Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Par Sébastien Hreblay.

largage face canadair 

Le sujet avait été largement évoqué au début de l’été 2012 avec la grève des pilotes* de la Base d’avions de la Sécurité civile (Basc) qui dénonçaient le manque de moyens financiers, notamment au niveau de la maintenance (avec des appareils vieillissants), pour que la flotte d’avions bombardiers d’eau, et les aéronefs d’investigation et de coordination, soient pleinement opérationnels.

Après des négociations entre les représentants syndicaux des pilotes et les services concernés du ministère de l’Intérieur, et une prise de position de Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, le mouvement de grève avait été suspendu, sans que la force de frappe de l’aviation anti-incendie française soit réellement au maximum des 119 300 litres habituels de capacité de largage des avions bombardiers d’eau et de retardant, avec ses moyens d’investigation et de coordination.

Après le printemps dramatique que la France a connu sur le front des feux de végétation avec la mort de trois sapeurs-pompiers (un dans les Bouches-du-Rhône et deux dans l’Ardèche), ainsi que d’une personne âgée dans le Lot-et-Garonne, l’été et les conditions météorologiques globales rencontrées au niveau national ont été favorables à ce que peu de feux ne se produisent, et à l’exception, fin juillet, de l’incendie de Cavaillon (Vaucluse) avec quelques dizaines d’hectares calcinés et un soldat du feu sérieusement blessé, de Trausse (Aude), avec une soixantaine d’hectares brûlée, et de Bouleternère (Pyrénées-Orientales) et ses 210 hectares de végétation détruits.

Mais après le feu qui a détruit 350 hectares de végétation dans l'Ariège, les 17 et 18 août (quasiment pas médiatisé) et l'incendie de Lacanau (Gironde) et ses 650 hectares de pins brûlés, là aussi entre les 17 et 18 août, quelques flammes notamment médiatiques sont venues rallumées le sujet français des feux de forêt et de sa lutte aérienne, d’autant que l’arrivée de la canicule sur plusieurs dizaines de départements du sud-est et du sud-ouest français fait très largement augmenter le niveau de risque incendie au niveau métropolitain.

Dans le brouhaha médiatique consécutif au sinistre girondin, canalisé par des articles corrects des presses locale/régionale et alimenté par des dépêches d’agence de presse cohérentes, beaucoup de certitudes sont à rappeler.

En France, la lutte contre les feux de forêt est particulièrement efficace car elle s’appuie sur la stratégie de l’attaque des feux naissants, une doctrine qui permet, dans 95 % des cas, que le sinistre soit stoppé avant qu’il ne brûle un hectare de végétation. Une stratégie d’autant plus efficace qu’elle combine l’action de moyens de lutte terrestres et aériens. D’où l’intérêt de pré-positionner les moyens aériens nationaux de la Sécurité civile, en guets aériens armés ou sur base, selon les zones les plus sensibles déterminées par une cartographie qui prévoit très précisément la gravité du risque feux de forêt à travers 241 secteurs répartis entre le sud-est et le sud-ouest français. Et généralement, ces moyens de lutte nationaux sont répartis entre la Corse et le sud-est français, plus rarement dans le sud-ouest du pays où les bases de Mérignac (Gironde), Cahors (Lot) et Limoges (Haute-Vienne) sont dotés de pélicandromes. Et d’ailleurs, le pré-positionnement de moyens aériens nationaux à Mérignac a été fortement demandé cette dernière décennie, plus particulièrement à la suite de la tempête Klaus qui empêche, lors d’un départ de feu, la pénétration des sapeurs-pompiers sur de nombreuses parcelles forestières à cause des dégâts et des bois à terre. Et ce pré-positionnement à Mérignac est d’ailleurs source de polémique, comme sur ce feu de Lacanau, avec l’Etat qui arbitre la répartition de ses moyens de lutte aériens et terrestres selon la gravité du risque à l’échelon national, avec des enjeux humains et économiques particulièrement importants dans le sud-ouest avec la sylviculture et les industries associées qui génèrent plus de 35 000 emplois, et des enjeux humains et patrimoniaux majeurs dans le sud-est.

Une autre certitude est que la flotte de la Sécurité civile est correctement dimensionnée, si elle est pleinement opérationnelle, pour des saisons pauvres en départs de feu avec des conditions météorologiques clémentes comme ces dernières années. Mais qu’en période de canicule, comme en 1989 et en 2003 par exemple pour les années les plus graves, et face à la multiplication des éclosions d’incendie, elle reste sous-dimensionnée. Car s’il est fondamental de rappeler que la lutte contre les feux de forêt a ses contraintes (et limites) financières et qu’il n’est pas possible de mettre un pompier derrière chaque arbre et deux avions bombardiers d’eau par département, il est important de souligner l’insuffisance du format des moyens de la Basc dans le cadre de saisons catastrophiques. D’autant que cette base est en train d’écrire une page stratégique de son histoire puisque se joue actuellement le renouvellement de sa flotte, à très court terme avec le remplacement des Beechcraft et des Tracker qui sont en fin de vie et, à l’aube de 2020, avec le remplacement des Canadair CL 415. Un renouvellement pour les trente prochaines années qui a un coût puisque, à titre indicatif, un Canadair s’achète selon les modèles entre 20 et 25 millions de dollars. Et que ce renouvellement devrait aussi se doubler d’un redimensionnement de la flotte, en prenant en compte l’évolution du risque feux de forêt en métropole. En effet, avec le changement climatique et l’augmentation d’un degré de la température, des estimations indiquent que le risque feux de forêt tel qu’il est aujourd’hui en Méditerranée devrait s’étendre à l’ensemble du territoire national d’ici 50 ans avec une dégradation de certaines forêts.

S’il semble fondamental que l’Etat, avec ses organisation et objectivité opérationnelles, garde le financement et le commandement des moyens lourds de la lutte aérienne, il ne faut pas oublier que l’engagement des renforts aériens de lutte nationaux se fait en complément avec les moyens des sapeurs-pompiers sur leur département (et des marins-pompiers à Marseille) qui possèdent leurs propres hélicoptères bombardiers d’eau (et avions bombardiers d’eau comme dans l’Hérault et en Haute-Corse). Mais à ce jour, cette capacité opérationnelle existe exclusivement dans les zones de Défense et de Sécurité civiles sud et sud-est (ainsi qu’à La Réunion, en Nouvelle-Calédonie voire en Polynésie) mais pas dans le sud-ouest français (la Gironde a cependant été le premier département du sud-ouest à utiliser un hélicoptère bombardier d’eau, en 1989). Dans tous les cas, pour l’attaque des feux naissants, les moyens aériens départementaux sont une arme là encore très efficaces bien qu’elle est un coût.

Enfin et pour conclure sur les certitudes relatives au risque feux de forêt, il est là encore fondamental de rappeler que parallèlement à la lutte, et quel que soit le dimensionnement des moyens aériens et terrestres, les actions de prévention, de sensibilisation de la population, d’aménagement du territoire et des massifs forestiers, d’urbanisme, de connaissance du feu de forêt, les dispositifs législatifs et une répression forte, sont des axes de travail incontournables avec des moyens financiers qui se doivent là encore être à la hauteur des enjeux.

 

* La base d’avions de la Sécurité civile, à Marignane (Bouches-du-Rhône) existe depuis une cinquantaine d’années et une cinquantaine de personnels sont morts dans l’histoire de l’aviation anti-incendie en France, dont 29 pilotes. Outre les missions d’investigation, de coordination et de commandement des trois appareils de type Beechcraft, les 23 avions bombardiers d’eau ont, en complément avec les moyens départementaux, des missions déterminantes dans la stratégie de la lutte contre les feux de forêt, tant au niveau de la surveillance des massifs que de l’attaque des feux naissants, que pour pallier les grands sinistres en protégeant les habitations menacées et les personnels au sol en difficultés. En période à risque, ces appareils et les 90 pilotes sont pré-positionnés entre la Corse et le sud-est de la métropole voire à Mérignac (Gironde) quand le risque devient exceptionnel dans le sud-ouest français. Ces moyens nationaux peuvent être aussi engagés dans d’autres régions françaises, en Outre-mer et même à l’étranger.

 

Cet article a été simplifié pour une compréhension grand public. Cet article a été écrit en complément d’autres déjà édités sur ce blog. La reproduction de cet article est interdite. Les médias doivent s’adresser à l’agence SHRFI via son site Internet www.shrfi.com.

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D'autres dossiers et articles sont disponibles, renseignez-vous via www.shrfi.com.

L’agence SHRFI et Sébastien Hreblay proposent des milliers d’images sur la thématique des feux de forêt dont certains reportages ont déjà été publiés dans de nombreux médias nationaux et étrangers www.shrfi.com .

Après Au cœur des flammes, l’agence SHRFI vient d’éditer la France face aux feux de forêt, un ouvrage labellisé et félicité pour sa qualité par de nombreux acteurs de la Sécurité civile et autorités. Un livre exclusif à découvrir sur www.shrfi.com .

VisuelLaFranceFaceAuxFeuxDeForet

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